LE VRAI PRIX DU NUCLÉAIRE

Ma contributionau déposée sur le registre numérique de la consultation publique :

«  DEMANDE D’AUTORISATION ENVIRONNEMENTALE PRÉSENTÉE PAR LA SOCIÉTÉ ORANO MINING EN VUE DE LA CRÉATION D’UNE COUVERTURE SOLIDE SUR LE SITE DES BOIS NOIRS LIMOUZAT SUR LA COMMUNE DE SAINT-PRIEST-LA-PRUGNE (42830) »

https://www.registre-numerique.fr/projet-bn

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LE VRAI PRIX DU NUCLÉAIRE et l’héritage maudit des mines d’uranium.

Exploité de 1954 à 1980, la mine de Saint-Priest-la-Prugne dans la Loire a permis d’extraire 6900 tonnes d’uranium destiné à la fabrication de bombes atomiques ainsi qu’à servir de combustible dans les centrales nucléaires. Une usine de traitement de minerai a fonctionné jusqu’à la fermeture du site. Ces activités ont généré 1,4 million de tonnes de résidus contaminés qui ont été entassés, sans protection géologique, sur le fond de la vallée. Ils sont recouverts d’ une lame d’eau retenue par un barrage de 42 mètres de hauteur.

Depuis 1980, l’étanchéité de cette décharge radioactive, située au milieu d’un bucolique paysage, est soumise a de multiples aléas. Aujourd’hui, une nouvelle catastrophe se présente, le réchauffement climatique (accéléré par nos activités humaines mortifères) s’invite dans l’équation. Sécheresses infernales et crues bibliques, comme celle qui a frappé la ville de Valence en 2024, n’ont pas été prises en compte à la fermeture du site. Le piège se referme sur ce cauchemar écologique.

Après des décennies de tâtonnements à la recherche de la solution, la « moins pire » Orano présente un nouveau projet pour sécuriser le site : remplacement de la lame d’eau par un couvercle solide de 17 hectares.

Des millénaires vont être nécessaires pour que la létale radioactivité de cette décharge baisse. La pérennité annoncée de ce nouveau dispositif est de 50 ans… Ce chiffre claque comme une insulte méprisante lancée aux générations futures. Nos déchets éternels en héritage.

Ce projet implique de détourner, une deuxième fois, la rivière Besbre via un toboggan géant en béton.

Le rapport présenté par Orano à la Commission de suivi du site des Bois Noirs le 10 avril 2025 se veut rassurant. Au fil des pages, l’on devine un niveau d’expertise très élevé et un nombre énorme d’heures de travail fourni par une armée d’ingénieurs qui voudraient nous convaincre que l’homme peut dompter les forces de la nature.

Nous sommes nombreux à être dubitatifs devant une telle certitude qui confine à l’arrogance technocratique.

Ce dossier hallucinant est un monumental cloaque radioactif fabriqué par la main de l’homme. Ce qui est frappant, c’est que jamais l’on n’y trouve la moindre allusion « morale » à un quelconque regret sur le « pourquoi » et sur le « comment en sommes-nous arrivés là ? »

Le bien-fondé sociétal de fabriquer des bombes atomiques assez puissantes pour vitrifier des millions d’êtres humains ou pour produire de l’électricité gaspillée par nos modes de vie délétères n’est pas remis en question dans ce genre de documents très techniques. C’est pourtant de nos vies de femmes et d’hommes dont il y est question.

Nous allons laisser un monde très abimé à nos descendants, mais les acteurs de l’industrie nucléaire, civile et militaire, ont rarement honte du mal qu’ils ont déjà fait à notre toute petite planète et à ses océans.

Le défi technique est pointu. Il faut remplacer un plan d’eau radioactif d’une surface de 17 hectares, par des remblais solides sans laisser s’échapper dans l’environnement des tonnes de gaz radon, toxique pour la santé humaine.

On nous explique aussi que les six tonnes de poissons contaminés qui seront capturés seront traitées comme… des déchets nucléaires ! Comme c’est bizarre, le nombre des cancers a doublé en France depuis 1990. Des « excuses » adressées aux communes et aux victimes ne sont jamais entendues, la souffrance des malades n’existe pas.

Des espèces protégées vont être détruites lors de ces travaux. Qui peut encore croire à l’efficacité des mesures compensatoires évoquées dans ce monde aux biotopes ravagés par l’homme ? La nature ne se commande pas en claquant des doigts.

Pour le budget de ce nouveau chantier pharaonique prévu pour durer cinq ans, c’est « open-bar ». Des dizaines de millions d’euros vont, comme d’habitude, percoler au travers de nos impôts et de nos factures d’électricité, et ce n’est que le début. Cette substitution de couvercle n’a jamais été faite auparavant, une multitude d’imprévus techniques vont s’abattre sur ce chantier inédit à cette échelle. Les couts et les délais vont exploser comme nous le constatons régulièrement pour tous les chantiers complexes, sur fond d’impact carbone démoniaque.

Situé sur la même commune et pour acheter la complaisance des riverains, Orano annonce que le chemin radioactif de la Pierre des fées va enfin être décontaminé… avec 40 ans de retard, ce n’est pas une coïncidence ! Les randonneurs qui se sont assis pendant des années sur des « points chauds » radioactifs pour pique-niquer apprécieront cette obole, mais cela ne suffira pas pour que ce géant international de l’atome gagne notre confiance.

D’une pierre deux coups. Le démantèlement de l’industrie nucléaire va ruiner la France et nos climaticides modes de vie vont tuer le futur de nos enfants.

J’ose espérer que mes observations de journaliste engagé compléteront utilement les réserves exprimées sur ce registre numérique et qu’elles éclaireront, un peu, le seul chemin qui s’ouvre devant nous aujourd’hui pour nous sauver, celui de la sobriété heureuse.

Cordialement votre,

Pierre Gleizes

Ma photo : Arlette Maussan, porte parole du collectif des Bois Noirs s’adresse à la presse le 13 avril 2018 après les crues qui ont provoqué des débordements catastrophiques de la décharge nucléaire de Saint-Priest-la-Prugne.

P.S. Voir mon reportage photo « La France contaminée »