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MENACES SUR TOUTES LES LIGNES

Carte du réseau ferroviaire français en 1921

 

 

MENACES SUR TOUTES LES LIGNES

Dans le rapport « L’avenir du transport ferroviaire » remis par Jean-Cyril Spinetta au Premier ministre le 15 février 2018, il est précisé, page 16, qu’un voyage en train peut émettre jusqu’à vingt-cinq fois moins de CO2 par kilomètre que le même parcours effectué en voiture. Pourtant, sa conclusion préconise la fermeture de 59 lignes de TER et de 190 gares pour des raisons économiques…

Exiger de la SNCF, en pleine guerre mondiale contre le carbone, qu’elle dégage des bénéfices est aussi ridicule que d’en attendre du ministère de la Santé. D’autant que la construction des lignes TGV a siphonné depuis 1980 une grande partie des budgets ferroviaires aux dépens du réseau secondaire et que la notion même de réseau national est remise en cause par la régionalisation des transports de voyageurs. De plus, depuis le 1er janvier 2020, une page a été tournée. Aujourd’hui, lorsque nous prenons le train, notre statut d’usagers d’un service public est passé à celui de clients d’une société anonyme.

Pour tenter de comprendre comment, au pays de l’Accord de Paris (qui a pour objectif principal de contenir sous la barre des 2 °C le réchauffement climatique) un rapport officiel pouvait avancer de telles recommandations, je suis reparti avec mes appareils photo sur la piste des trains menacés de disparition. 

Je propose aujourd’hui un reportage photographique d’envergure né d’une colère à la hauteur de l’enjeu et dans la continuité d’un parcours engagé pour la défense de l’environnement.

Le réseau ferroviaire français à son zénith ressemblait à un rêve. Charles de Freycinet, un visionnaire ministre des transports de la Troisième République, a eu l’audace d’imaginer que l’on pouvait relier quelques 300 sous-préfectures au rail en faisant voler les trains au-dessus des vallées… Et il l’a fait  !

Telle une gigantesque toile d’araignée, 70 000 km de voies ferrées irriguaient le pays. Entretenu, modernisé, étendu, ces infrastructures nous auraient permis de vivre aujourd’hui sans les 330 000 camions et les milliers de cars dits « Macron » qui massacrent les routes et empoisonnent l’air que respirent les populations. De plus, la corporation des transporteurs routiers ne contribue toujours pas au financement des routes que ses véhicules utilisent jusqu’à l’usure, aidé en cela par de sidérants mécanismes de concurrence déloyale avec le rail. 

En 2020, ce réseau historique n’est plus que l’ombre de lui-même et avec le rapport Spinetta, la chute vers le néant s’accélère. Il reste moins de 24 000 km de lignes en service. 

Souvent, au milieu d’un nœud ferroviaire abandonné, où la rouille le dispute aux ronces, j’ai le sentiment de me trouver au milieu d’une zone de guerre. Ces champs de ruines balisent le plus grand gaspillage de moyens logistiques de l’histoire de France. Cette hérésie économique et écologique dépasse l’entendement et le carnage continu : en juillet 2019, le train des primeurs, un service quotidien de fret qui reliait Perpignan au marché de Rungis a été supprimé pour cause de vétusté. Il a été depuis remplacé par 20 000 rotations annuelles de camions. Dans un monde vertueux, une telle incurie aurait provoqué la démission de deux ou trois ministres. 

L’utopie m’aide à vivre. Elle permet d’espérer qu’avec l’effondrement de l’égoïste civilisation automobile prendra fin le suicide climatique dont nous sommes tous les acteurs. Les gares redeviendront les pôles de vie qu’elles n’auraient jamais dû cesser être. Pour le bien de tous, et la sauvegarde de notre environnement, le nombre des trains aura été multiplié par dix et le transport des marchandises sera tellement lucratif que celui des voyageurs pourra même être gratuit ! 

Sans oublier les milliers de kilomètres de pistes cyclables qui convergeront en étoile vers toutes les gares et toutes les écoles du pays. 

La crise du covid 19 nous rappelle que la vitesse transporte aussi des virus mortifères. Elle ne nous garantit ni bonheur, ni sécurité alimentaire… Les mesures annoncées en 2020 en faveur des trains ne suffiront pas, elles sont trop loin derrière celles engagées pour les transports aériens et routiers, pourtant beaucoup plus polluants. 

Demain, avec la remise en service du réseau Freycinet de 1913, un autre monde est possible. 

Pierre Gleizes

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