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Video et Archives

ECOCIDE

36 photos, visibles en plein écran, en bas de texte.

Une nouvelle fois, la macronie joue petit bras avec les mesures proposées en ce mois de novembre 2020 pour la défense de l’environnement.

Ce confinement m’aura permis de regrouper une fraction des archives argentiques que j’ai pu récupérer in extremis au fil des années. Elles étaient distribuées par des agences photo qui ont fait faillite et j’ai retrouvé dans ces cartons une partie de mon témoignage sur le plus gros cataclysme militaro-industriel de tous les temps.

Avec l’industrie pétrolière, quand ça par en vrille, il n’y a pas de limites aux dévastations que peut subir notre toute petite planète et son fragile climat. De quoi méditer sur notre totale responsabilité de consommateurs avant de tourner la clé de contact de nos automobiles pour aller chercher du pain au coin de la rue… 

Retour en texte et en images sur mon reportage de 1991 en Arabie Saoudite, au Koweït et en Iran. Un périple au cours duquel j’ai accompagné Greenpeace lors d’une campagne d’évaluation des conséquences de la première guerre du Golfe. 

Ce sujet est toujours disponible chez Réa (www.reaphoto.com).

Extrait de mon livre Rainbow Warrior mon Amour (Glénat 2011)

Temps de lecture : 12 minutes

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MINES FLOTTANTES, BONJOUR ! 

L’armée de Saddam Hussein envahit le Koweït le 2 août 1990. Six mois plus tard, fuyant devant le rouleau compresseur de la coalition militaire menée par les États-Unis, les troupes irakiennes enflamment sept cent trente-deux puits de pétrole. En plus de ses quelques dizaines de milliers de morts, cette guerre est également le plus gros cataclysme militaro-industriel de tous les temps. Une gigantesque pollution en résulte sur terre, sur mer et dans l’air. 

Chaque jour, l’équivalent de la consommation de pétrole de l’Union européenne part en fumée, et un million de tonnes de pétrole brut a fini dans le golfe Persique. La marée noire, prise au piège dans cette mer presque fermée, s’étale sur six cent quarante kilomètres de côtes. 

Août 1991

Le M. V. Greenpeace part pour le golfe Persique, faire un premier bilan environnemental de la guerre Irak-Koweït. Devenu travailleur indépendant, je reprends contact avec Greenpeace International. Bien qu’ils aient déjà un « photographe maison » à bord, je leur propose de les accompagner en distribuant mes photos via l’agence Sipa Press. Ils m’autorisent à rejoindre le bateau en Arabie saoudite mais je perds quinze précieux jours à attendre mon visa à Paris. Le sésame arrive enfin, et je prends le premier vol pour Dhahran via Amsterdam. L’avion de la KLM est rempli d’expatriés européens qui travaillent en Arabie saoudite. Je comprends vite qu’ils profitent des dernières boissons alcoolisées qu’ils pourront boire avant de long mois. Ça dérape sérieusement en cabine. 

Arrivée à Dhahran; les files d’attente devant la police des frontières sont interminables, et je mettrai quatre heures pour atteindre le guichet. Nous sommes un jour de fête religieuse et les fonctionnaires s’arrêtent régulièrement de travailler pour prier. Je retrouve le logisticien Dave Roberts, qui m’emmène à l’hôtel. Nous devons prendre la route le lendemain pour rejoindre le M. V. Greenpeace. Les deux heures de voyage vers Djubayl m’offrent l’occasion de découvrir des paysages défigurés par un urbanisme et une exploitation pétrolière irraisonnée. Sous une lumière blafarde et poussiéreuse, où que l’on regarde, des câbles, des tuyaux et des bâtiments sans âme mitent le désert. 

À bord du M. V., je fais connaissance avec une nouvelle famille de marins. Cela fait plusieurs années que je n’ai pas remis les pieds sur un bateau de Greenpeace et, à l’exception de Dave Roberts et David Woollan, le radio, je ne connais personne. Avec le développement qu’a connu l’organisation, les opérations maritimes se sont professionnalisées. Il y a bien encore quelques volontaires à bord, mais le gros de l’équipage est maintenant salarié, avec tout ce que cela implique: service du personnel, contrats, planning de vacances et plans retraite… Une nouvelle ère a commencé. 

Le capitaine s’appelle Piet Van Eyck, un solide Hollandais. Pour y avoir navigué des années avec une société de remorqueurs, il a une bonne connaissance du golfe Persique et de ses particularités – ce qui se révélera très utile pour la suite. Je rencontre notre chargé de campagne: Paul Horsman, surnommé « Monsieur Catastrophe ». Aussitôt que se produit un accident industriel majeur quelque part dans le monde, il est là, presque en même temps que les premiers secours. 

À cause des quinze jours d’attente de visa à Paris, j’ai déjà raté une bonne partie du travail effectué sur la côte saoudienne. Une dernière occasion se présente de sortir en Zodiac pour accompagner l’équipe de scientifiques saoudiens, soudanais et palestiniens du bord. Ils vont faire une ultime séance de prélèvements d’échantillons sur le littoral. Je découvre en les accompagnant une pollution perfide. Les plages, qui semblent propres de loin, sont en réalité souillées d’or noir caché sous un centimètre de sable. Au fil des marées, les courants tournants ramènent du pétrole, puis du sable, puis encore davantage de pétrole venu du Koweït. 

Dans la baie de Manifah, nous rencontrons une petite équipe de travailleurs émigrés bengalis qui nettoient des rochers avec des lances haute pression. Les moyens humains et matériels sont ridicules face à l’ampleur du chantier. Les Saoudiens, peu sensibles aux problèmes d’environnement, ne font rien pour nettoyer leur côte. 

L’étape saoudienne se termine et nous levons l’ancre pour Koweït City. Sur la carte, c’est tout près, mais il nous faudra faire un grand détour pour y parvenir car les eaux de la région sont infestées de mines. Pour accéder au Koweït, la marine américaine ne garantit la sécurité de navigation que dans un étroit chenal. Les quarts sont doublés avec un observateur dans le nid-de-pie. Cela ne nous protège pas des mines « intelligentes », celles qui sont ancrées au fond de l’eau et se décrochent à l’approche d’un navire… Mais il reste aussi beaucoup de mines dérivantes, presque sympathiques quand on les compare aux premières ! 

Le 9 septembre 1991, nous nous présentons devant Koweït City. Vision surréaliste. Les fumées issues des puits de pétrole en feu posent sur la ville un gigantesque couvercle de suie. En nous approchant, nous découvrons le port et le front de mer, ravagés par la guerre. 

MIDI EN ENFER

Je développe des films négatifs couleur pour procéder à des transmissions urgentes. Je croyais avoir une certaine expérience des voyages en pays chauds… jusqu’à ce que je regarde le thermomètre du labo photo situé au fond du bateau. Habituellement, nous utilisons une résistance électrique pour porter le révélateur à 38,5 °C avant d’y plonger les films. À bord, en l’absence de tout air conditionné, l’air et l’eau sont à 41 °C. Je dois prendre des glaçons pour rafraîchir mes solutions chimiques… Une fois encore, le petit hamac que j’ai pris soin d’emmener avec moi me sauve la vie en me permettant de dormir sur le pont. 

Greenpeace a embarqué une remorque aménagée en laboratoire mobile pour faire des analyses de l’atmosphère in situ tout au long de notre périple. Opérant sur le pont du M. V. ou au bord des routes, deux scientifiques y travaillent sans relâche. Les premières mesures effectuées à Koweït City indiquent que la population y respire certains jours un air empoisonné, avec une pollution atmosphérique vingt-cinq fois supérieure aux seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé ! 

Nous organisons une tournée routière de plusieurs jours avec l’équipe « média » du bateau, composée de Paul Horsman, Jim Hodson, le photographe de Greenpeace, Mike, un cameraman sud- africain, Paul Brown, journaliste du Guardian de Londres, Dave Roberts, notre logisticien et moi-même. Dave part louer une voiture et revient avec une grosse Cadillac blanche: il n’a pas trouvé plus petit. 

Avant de nous diriger vers le cœur des champs de pétrole enflammés, nous devons nous informer sur les explosifs militaires que nous sommes susceptibles de rencontrer dans le désert. Pendant deux heures, un officier du Royal Ordnance Survey de l’armée britannique nous dresse le palmarès sinistre de toutes les armes de destruction qui restent éparpillées aux quatre coins du pays. Totalement terrifiant. Les démineurs français ont déjà retiré onze mille engins explosifs sur six kilomètres de côte devant la ville, mais il en reste des millions d’autres… 

Nous partons en convoi vers le sud en suivant le labo mobile tracté par le 4×4 du Suisse Pieter Biedermann et de l’Anglais Nolan Fell, les deux scientifiques de Greenpeace. Rapidement, la lumière du matin baisse et un phénomène irréel se produit: il n’est pas encore midi et la nuit tombe déjà… Au loin, nous apercevons les premiers puits en feu avec leurs flammes de soixante mètres de haut. La route est noire et grasse. Il se met à pleuvoir et ce n’est pas de l’eau, c’est du pétrole brut… Nous nous enfonçons dans les champs pétroliers de Burgan. Il fait maintenant aussi noir que dans un four. Seuls les puits en feu qui nous entourent apportent un peu de lueur. En brûlant, ils font un bruit d’avion à réaction. La chaleur est étouffante et l’air irrespirable. Tous les vaisseaux de mon corps se contractent, j’ai l’impression de me ratatiner. Au-dessus de nos têtes, s’étend un couvercle de suie de cinq mille mètres d’épaisseur, qui ira jusqu’à souiller les pentes himalayennes, à des milliers de kilomètres de là. Pas un seul rayon solaire ne passe. Il est midi, c’est l’apocalypse. 

Rapidement, Peter et Nolan installent leurs sondes et procèdent à leurs rafales de tests. Malgré les masques que nous portons, personne n’a envie de traîner dans cet enfer. Ce jour-là, le nouveau concept de « crime contre l’environnement » prend tout son sens… 

VENDREDI 13 

Le lendemain, la même équipe poursuit sa tournée sur l’état du pays. Dave Roberts est toujours au volant de sa grosse Cadillac. Quelqu’un nous parle d’un troupeau de chameaux qui aurait sauté sur un champ de mines, et dont les carcasses jonchent toujours le désert. Ça nous semble tout à la fois bien glauque et très spectaculaire pour des reporters. Nous décidons d’aller voir. Les renseignements ne sont pas précis, mais nous finissons par trouver la piste indiquée. La zone est un champ de bataille, encore couvert de vestiges de combats. Chars, véhicules et matériaux calcinés sont éparpillés partout. Seules les dépouilles des combattants ont été enlevées. Après plusieurs demi-tours dans ce paysage de guerre, nous apercevons enfin notre troupeau de chameaux, pourrissant au soleil au milieu de mines antipersonnel non explosées que le vent a découvertes. Dave arrête la voiture et nous mettons pied à terre. 

Mais sur la piste sur laquelle nous venons de rouler, un petit détail intrigue Paul Brown, qui nous le montre du doigt. Pendant quelques instants, mon cerveau refuse de tirer la conclusion qui s’impose. Là, devant nous, exactement à l’endroit où nos pneus viennent juste de passer, à peine visible dans la poussière, je vois le cercle d’un détonateur de mines antichars… Je reconnais parfaitement le modèle que l’officier de l’armée britannique nous a montré deux jours plus tôt ! Je regarde autour de nous et en aperçois un deuxième, un troisième, un quatrième… Nom de Dieu de nom de Dieu ! nous sommes en plein milieu d’un champ de mines antichars, qui jouxte le champ des mines antipersonnel sur lequel nos cinquante chameaux ont sauté… La seule raison pour laquelle nous n’avons pas été déchiquetés est que la voiture est trop légère, malgré le poids de ses six passagers. 

Paul Brown prend vite la mesure de la situation et nous déclare, avec un flegme typiquement britannique: « J’ai une question dont je ne connais pas la réponse. Qu’est-ce qu’on fait quand on est au beau milieu d’un champ de mines entouré par cinquante chameaux morts et que la date est un vendredi 13 ? » 

La Terre s’arrête de tourner. Nos semelles sont collées au sable, personne ne bouge. Il fait 50 °C, une rivière de sueur glacée coule le long de ma colonne vertébrale, mes oreilles sifflent, j’ai un violent mal de tête. Je n’ai pas envie de mourir dans ce décor de cauchemar. Dave remonte dans la voiture et commence la marche arrière de sa vie : ressortir la Cadillac de ce piège en roulant exactement sur ses traces sur plus de cinq cents mètres. Nous le précédons en mettant nos pieds sur cette ligne de vie laissée par la voiture. Si ça n’a pas pété à l’aller, ça ne devrait pas péter au retour. Nous nous espaçons les uns des autres. Les minutes sont longues comme des heures. Je n’ai jamais eu aussi soif. 

De retour au premier carrefour, nous remarquons, un peu tard, un panneau recouvert par les suies des incendies, sur lequel on devine les lettres « Mined road », route minée… 

Le lendemain, nous quittons Koweït City et roulons vers la frontière irakienne par la route 80, surnommée « Route de la mort ». Nous remontons des files de centaines de véhicules militaires irakiens détruits par l’aviation américaine, simplement poussés au bulldozer sur le bas-côté. Scène de destruction totale. Des milliers de gens, y compris de nombreux prisonniers koweïtiens, sont morts dans ces carcasses calcinées. 

Désirant voir la région frontalière avec l’Irak, nous passons le check point des gardes frontières koweïtiens et continuons. Les soldats des Nations unies ont établi un deuxième poste de contrôle un peu plus loin et, à notre grande surprise, nous laissent passer. 

Plus rien ne nous sépare du territoire irakien, et mes amis semblent tous décider à continuer d’avancer. 

Là, je ne suis plus d’accord. Quinze jours plus tôt, quatre journalistes français ont tenté de faire exactement le même trajet. Or, le premier barrage de l’armée irakienne ne les a pas autorisés à faire demi-tour. Ils ont ainsi passé huit jours dans les geôles de Saddam avant que le Quai d’Orsay réussisse à les sortir d’Irak via Bagdad ! 

Roulant dans le no man’s land qui sépare deux pays en guerre, mes compagnons de route anglo-saxons ignorent cet incident et ne semblent pas lui porter tout l’intérêt qu’il mérite quand je leur explique la situation… Je demande donc à Dave d’arrêter immédiatement la Cadillac et de me laisser quitter la voiture afin de regagner, à pied, le poste de contrôle des Nations unies. Ma détermination à ne pas faire un mètre de plus vers les prisons de Saddam Hussein porte ses fruits et, finalement, mes compagnons de voyage trouvent que, tout bien considéré, faire demi-tour quand on le peut encore, c’est une assez bonne idée. 

La journée n’est pas finie pour autant. De retour sur le territoire koweïtien, nous poursuivons nos investigations. Ce ne sont pas les sujets qui manquent. Les chaos de la guerre sont visibles partout et la chaleur est proprement hallucinante. Je me brûle les doigts sur mes appareils photo. 

La Cadillac crève. Pas de problème, nous avons une roue de secours. Sur le chemin du retour, Dave trouve que la voiture fait un drôle de bruit et freine. Comme dans un dessin animé, nous voyons la roue de secours continuer toute seule sa route vers Koweït City. Une fois arrêtée, la voiture ne repose plus que sur trois roues au milieu du désert… 

Le M.V. Greenpeace poursuit son voyage par une série de prélèvements sous-marins. Je plonge avec nos scientifiques. Ma photo sous l’eau de Dirar Nasrn, biologiste soudanais, passera dans le magazine GEO de décembre, sous le titre « L’année de la mer brûlée ». Mon Nikonos étanche est devenu un fétiche. De ma vie, je n’ai fait qu’une bobine avec ce boîtier, et j’ai décroché une publication dans GEO! Un rapport film/parution exceptionnel dans notre profession. 

Fin de la tournée koweïtienne, une partie de nos amis scientifiques débarque, et nous enchaînons avec l’étape suivante du périple : l’Iran. 

CENT MÈTRES EN VINGT-QUATRE HEURES

20 septembre 1991. En traversant le golfe Persique, nous repassons dans les eaux internationales et nous octroyons quelques moments de détente. Vite, on fait sauter les scellés douaniers qui condamnaient l’accès au stock de bières depuis l’entrée en Arabie saoudite. Après des semaines d’invraisemblable canicule, nous remontons aux racines de l’expression « bon comme une première gorgée de bière fraîche ». 

Greenpeace est officiellement invité par le ministère iranien de l’Environnement pour une tournée de prélèvements scientifiques sur le littoral du golfe Persique. Nous approchons du port de Bandar Komeini, où les vestiges de la guerre Irak-Iran (1980- 1988) sont encore visibles : supertankers à moitié coulés en train de rouiller, usines bombardées en ruines au bord de la côte… Sitôt après l’amarrage, la bureaucratie iranienne nous accueille fraîchement : « Non, vous ne pouvez pas décharger à terre votre laboratoire mobile. » Puis : « Non vous n’avez pas le droit de plonger… » Seules quelques sorties en Zodiac nous sont accordées. 

L’équipe média croit avoir un peu plus de chance que les scientifiques. Pour la première fois depuis la fin de la guerre Irak-Iran, des observateurs sont autorisés à partir trois jours sur la frontière dans la région du Chatt al-Arab. J’accompagne donc Paul Brown, Jim Hodson et Mike, le binôme image de Greenpeace. Nous débarquons tous les quatre et le M. V. appareille sous nos yeux pour se diriger vers Bouchir où nous devons les retrouver quelques jours plus tard. 

Le ministère de l’Environnement à Téhéran nous a bien envoyé une voiture avec chauffeur et un guide interprète, mais les consignes n’ont pas suivi jusqu’à Bandar. Il nous faudra plus de vingt-quatre heures pour parcourir… cent mètres ! Pour tenter de résumer une situation à laquelle nous n’avons pas compris grand-chose, il manquait sur un document un coup de tampon indispensable à l’obtention d’un deuxième coup de tampon sur un autre document, encore plus indispensable pour que les autorités du port ouvrent la grille devant la voiture officielle du gouvernement dans laquelle nous étions assis… Nous dormirons donc sous bonne garde dans un bungalow posé au bord du quai ! 

Malgré cette journée stupidement perdue, notre périple ne sera pas prolongé d’autant, et c’est au pas de charge que nous essaierons de voir le maximum de choses dans cette région frontalière fermée aux étrangers depuis le début des combats avec l’Irak en 1980. Nous parvenons enfin sur les rives du fleuve Karun qui se jette dans le delta du Chatt al-Arab. Elles sont couvertes d’épaves de navires qui bloquent toute navigation. 

De la ville de Khorramchahr, il ne reste rien, ruines et désolation à tous les carrefours. Selon les sources, cinq cent mille à un million deux cent mille soldats sont morts ici en huit années de combats. Quand on sait que 18 % des armes utilisées par Saddam Hussein pour attaquer l’Iran ont été fabriquées en France… 

Les Gardiens de la Révolution sont très nerveux quand ils aperçoivent nos caméras et appareils photo, mais la population est plutôt souriante. La route vers Bouchir longe le littoral et nous nous arrêtons aussi souvent que possible. Les ports sont remplis de voiliers traditionnels en bois, la plupart motorisés. De nombreuses galettes de pétrole polluent la côte. Paul Brown fait des prélèvements, tenant ainsi la promesse faite aux scientifiques de Greenpeace. Les autorités nous parlent aussi de pluies noires, et surtout de baisses spectaculaires de température quand les nuages de suie venant du Koweït leur passent au-dessus de la tête. Comme lors d’une éclipse solaire ! 

Nous rejoignons le M. V. Greenpeace dans le port de Bouchir. Les choses n’ont pas été simples pour l’équipe scientifique : lors de prélèvements en mer, un Zodiac a été mis en joue par des gardes-côtes irascibles. La traversée vers Bahreïn, près de la côte d’Arabie, sera plus calme. 

De retour à Paris, je retrouve l’automne avec soulagement. 

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